Les «japonaiseries» cinématographiques

 

 

Après une période faste à la fin du 19ème siècle, l’exotisme japonais passe de mode et une longue traversée du désert commence. Depuis que le Japon est devenu un pays militarisé et industriel, une sorte de phobie du « péril jaune » s’est  installée en Europe. Ce qui amusait et enchantait autrefois, à tendance à faire peur en temps de guerre économique et militaire.

Il faudra attendre sa défaite en 1945 et les années de reconstructions qui suivirent, pour que le Japon redevienne un pays accueillant et attrayant. De nouveau, les Européens vont s’intéresser aux charmes de son exotisme à travers le support cinématographique.

 

Si l’exotisme occupe une place fondamentale quand on parle de cinéma japonais, c’est parce qu’il s’est fait connaître dans le monde entier par ses films les plus typiques et les plus impénétrables, par ses légendes et ses histoires des temps reculés. Ces fameux jidaï, comme l’écrivent Brasillach et Barbèche [1], qui révèlent ce qu’il y a de plus original, de plus étrange et peut être de plus irréductible dans le cinéma japonais. Le dépaysement est garanti, indiscutable et incontournable ; toute la spécificité culturelle du Japon brille dans ces nouveaux genres exportés.  Par la suite, la découverte des films plus contemporains ne remettra pas en cause ces saveurs exotiques.  Le Japon a su garder sa spécificité culturelle à travers les âges et les bouleversements sociaux-économiques.

Peinture de Jacqueline Robin

Quand Baroncelli se demande pourquoi  les festivals chérissent le cinéma japonais, il répond:

«On attend toujours les œuvres avec curiosité parce qu’elles nous entraînent généralement très loin de nos préoccupations familières, parce qu’on y parle un langage cinématographique différent de celui auquel nous sommes habitués, parce qu’à leurs défauts même nous trouvons une saveur exotique.[2]»

La part de l’exotisme dans les films japonais n’est donc pas à prendre à la légère ; la différence culturelle jouera un rôle considérable dans la réception de ce cinéma en France. Selon les époques, l’exotisme a été sollicité, acclamé, accusé ou encore renié.

Les spectateurs ne sont jamais restés indifférents aux allures de l’étranger et particulièrement à celles du Japon. En effet, selon Roland Barthes, l’exotisme présent dans le cinéma japonais a la particularité de poser trois problèmes majeurs :

«Celui de la non-connaissance occidentale de l’Asie;
celui des rapports entre le Japon vu d’ici et le Japon tel qu’il est;
le problème du cinéma au Japon que l’on peut relier au théâtre.[3]»

A partir de ces éléments,

le spectateur sera-t-il amené à voir un film selon l’imaginaire collectif en vigueur, ou découvrira-t-il ces films dans un plein esprit de découverte ?

Les clichés du courant japonisme n’influenceront-ils pas la lecture des films japonais ?

Les critiques n’auront –ils pas tendance à décrire et analyser les films comme des voyageurs et des explorateurs ?

Quel rôle l’exotisme  a-t-il joué tout au long de cette période ?

 

Il s’agit dans un premier temps de répertorier tout ce qui relève de la « japonaiserie » selon les critiques de l’époque, puis de connaître le sentiment qu’ils éprouvent face à cette manifestation. Comme nous l’avons vu précédemment, l’Europe fut tout d’abord séduite par la grâce merveilleuse des paysages, le charme, l’originalité maniérée des mœurs et par la perfection de son art … mais ces attraits sont-ils encore les mêmes en ce qui concerne les films ?

Comment se manifeste l’exotisme japonais au cinéma ?

Qu’est ce qu’un film, une image, un personnage spécifiquement japonais pour les spectateurs français ?

 

 

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[1] Histoire du cinéma, p : 402
[2] Le monde, « Journées exotiques », n°3926, 7 septembre 1957, p :12
[3] Image et son, « Japon : L’art de vivre, l’art des signes », n°222, décembre 1968, p : 10