Kamikaze girls

ou la "mania attitude"

 

 

Titre en France : Kamikaze girls

Titre original : Shimotsuma monogatari ("Conte de Shimotsuma").

Réalisatrice : Tetsuya Nakashima

Adaptation du roman de Novala Takemoto

Durée : 1 h 42

Producteurs japonais: Tokyo Broadcasting System (TBS)

Distributeur Français : CIPA

Sortie au Japon : 2004

Sortie en France : 14 juin 2006

Nombre de films diffusés en France antérieurement :

Nombre de copies en France :

Nombre de salles à Paris au moment de la sortie du film :

Nombre d'entrées le jour de la sortie à Paris : 390

Nombre d'entrées jusqu'à ce jour :

Nombre de semaines à l'affiche :

 

Site officiel : http://www.kamikazegirls.net/
http://www.kamikazegirls-lefilm.com/kamikaze.htm

 

Festivals:

Présenté au New York Asian Film Festival en 2005

Primé aux Ecrans Juniors de Cannes en 2006

Présenté au festival de Valenciennes en mars 2006

Présenté au festival du Film de Montréal "Fantasia" le 14 juillet 2006

 

Récompenses: 14 prix dans divers festivals au Japon

 

 

Un film qui divise !

"Comment voir ce film ? " : Un questionnement qui parait s'imposer dés les premieres minutes de la projection. Comment réagir, se positionner face à ces images et cette histoire qui sans conteste sortes de l'ordinaire ! Doit-on adopter un certain recul pour percevoir un simple délire fantasque sortis tout droit des pages d'un manga; ou devons-nous nous fier à notre perplexité et désaprouver ce film, pure production commerciale pour adolescent remplis de stéréotypes "kitsch" poussés à outrance ?

 

Le rejet de l'esthétique "kitsch"

On rejette et on se sent abêtit devant ce film, qui s'affuble d'un dénominateur commun aux films bollywoodiens, le terme "kitsch".

"Entre farce kitsch et délire visuel, du cinéma déjanté qui aura peut-être du mal à s'exporter."[1]

" Les couleurs pètent, le réal’ ne craint pas le ridicule, les actrices en font des caisses et on nage dans le kitsch le plus déjanté. [2]

Si l'on s'en tient à la définition du Trésor de la Langue Française ; le "Kitsch" se caractérise par son inauthenticité, sa surcharge, son cumul des matières et son mauvais goût. En d'autres termes, c'est l'aliénation consentie, c'est l'anti-art, c’est la médiocrité : Voilà des termes qui dévalorise le film "kamikaze girls", le rabaissant à une oeuvre de série B, qui ne vaut pas plus, aux yeux de certain critique, qu'une simple fadaise ou niaiserie.

" Le titre est un peu repoussoir crétin, le film n’en est pas loin non plus." [3]

"Reste que cet attirail d'artifices tape-à-l'oeil censé fédérer les victimes de l'âge ingrat autour d'une complicité adolescente initiatique masque mal le vide abyssal d'un scénario qui ne creuse jamais son sujet."[4]

Un jugement qui a volontairement écarté un regard au second degré. Interprétant ces signes « kitsch » comme un affront à la qualité cinématographique, et non comme un clin d'œil humoristique. Est-ce par manque d'esprit que ces critiques ont pris ces aspects du film au sérieux ou est-ce que le film atteint réellement la pointe de l'absurdité ?

 

L'amusement déconcertant d'un humour "kitsch"

La plupart du temps les critiques s'amusent de ce décalage, de ce détour identitaire par le château de Versailles, signe d'une originalité inhabituelle.

C’est du 100% ado, avec en plus des gags marrants et des séquences animées sympas. " [5]

Un film frénétique et complètement déjanté ... Un univers surréaliste et hilarant.[6]

Malgré sa kitscherie revendiquée, réussit parfois à toucher. Ceci grâce à un humour et une virtuosité de petit maître [7]

Kamikaze Girls est donc un film extrêmement divertissant, souvent hilarant, aux personnages bien plus profonds qu’il pourrait sembler au premier abord. [8]

Enfin, même si Kamikaze girls se perd parfois dans sa narration, mais sans jamais la sacrifier sur l’autel du n’importe quoi pour autant, il reste un divertissement royal, dépaysant (déplanétisant ?), et surtout très drôle, voire hilarant, ce qui est assez rare pour être noté.[9]

Si ces loufoqueries nippones ne sont pas au goût de tout le monde, on peut remarquer que ces extraits sont le fruit d'une presse non spécialisée dans le cinéma (Elle, Paris Match, Ouest France...) ou d'une presse qui cible un public assez jeune (Studio, Cinélive). Une division au sein des journalistes qui se concrétise quant à la troisième position adopter face à ce film.

 

Le scepticisme de la différence culturelle

On s'interroge, on étudie, on délibère, on philosophe sur cet univers en marge d'une société formatée ; cette attitude typiquement nippone qui consiste à se marginaliser de façon outrancière. Et face à cette divergence culturelle, certains critiques choisissent d'adopter une attitude de condescendance, franchissant les premiers remparts du phénomène "kitsch" pour aller chercher quelque chose de plus rassurant et légitime.

On commence par avertir le spectateur d'un certain décalage, auquel il ne faut pas se laisser submerger :

Attention, concentré de dinguerie japonaise[10]

Le résultat, très loin des normes du cinéma traditionnel, peut laisser sceptique[11]

Passé son humour premier degré et sa galerie de personnages impossibles que seul un lecteur de manga avisé peut comprendre, il devient presque une vision assez juste, y compris dans l’excès, de la jeunesse japonaise. [12]

On apprécie l'aspect identitaire et ethnologique de ce scénario:

Un film qui "enseigne (...) sur les fascinations epidermoqies des jeunes japonais"[13]

Kamikaze Girls est une bonne comédie, un genre assez peu exploité en France mais tout à fait représentatif de la jeunesse dit Otaku. [14]

Ou encore le message psychologique véhiculé dans cette histoire qui prend des allures universelles :

Sous sa forme de comédie déjantée, Shimotsuma Monogatari cache une légère couche façon leçon de vie qui ne manque pas de piquant, à savoir le fait que les différences ne devraient pas être un frein à l’amitié et qu’au fond, tous les styles de vie peuvent cohabiter.[15]

Mais apprécié ou pas, on ne peut expliquer, justifier, ou même rechercher une quelconque référence à travers quelques éventuels moeurs qui circuleraient en France. Phénomène « d'ailleurs » qui reste inexplicable. Les critiques se contentent de reprendre dans les grandes lignes ces attitudes rebelles de la jeunesse nippone, et sans jamais se formaliser, ils échafaudent quelques phrases comme pour préciser que cette culture Otaku[16], ou ces attitudes "kawaï", "Gothloli" [17]ou encore "Bosozoku" [18] existent bien.

Alors il ne faut pas trop s'étonner d'un succès retentissant au Japon et d'un "flop" en France. De part ce décalage et ce manque d'objectivité culturelle qui laisse les spectateurs en marge d'une identification délicate. Et c'est sans doute pourquoi un certain nombre de critiques pensent que ce film s'adresse en priorité à un public "spécialisé", passionné pour tous ce qui touche l'univers des mangas et qui n'a pas peur de se complaire dans des délires visuelles saugrenus.

 

 

Un film pour un public

Conscient d'une certaine "originalité", des critiques préfèrent sauvegarder l'intérêt du film en le ciblant auprès d'un public apte à le recevoir et l'apprécier :

En résumé, à moins d’avoir lui-même la fibre kamikaze, le spectateur passera son chemin sans regret. [19]

C’est très amusant mais les références à la pop culture nippone d’aujourd’hui réjouiront surtout les initiés. "[20]

Plus qu’une excellente comédie typiquement japonaise, Shimotsuma Monogatari constitue un témoignage de son époque, une véritable perle pour les amateurs de culture japonaise. Sous ses airs de film à prendre au 3e degré au moins – et il le faut ! – se cache aussi une réflexion sur la place des sous-cultures dans nos sociétés modernes. [21]

Il parait encore plus indéniable que cette production cinématographique ne puisse faire l'unanimité spectatorielle, tant le décalage scénaristqieu et esthétique ne répond ni au genre traditionnelle astreint aux films japonais, ni à une forme de superproduction pour adolescent.

Malgré un flou scénaristique indéniable, le film de Tetsuya Nakashima fascine. Mais il aura du mal à trouver son public en France [22]

Kamikaze Girls ne plaira pas à tout le monde, avec son graphisme très manga, son culte du cosplay et son humour premier degré typiquement japonais. Pourtant profitez-en, car des films comme ça, vous n’en avez sans doute jamais vus... Et priez pour que son distributeur ne fasse pas faillite. [23]

 

 

 

 

Une mise en scène à l'épreuve du goût

Encore une fois la mise en scène n'est pas au goût de tout le monde, influencés par l’histoire du scénario ou non, l’avis des critiques reste partagé.

Entre le tape à l'oeil ringard....

Le cinéaste a saturé son film d’effets tape-à-l’œil (zooms, arrêts sur image à outrance) afin, sans doute, de paraître branché aux yeux des adolescents, le cœur de cible de cette production. C’est malheureusement totalement raté puisque Kamikaze girls s’englue, au contraire, dans la ringardise la plus profonde[24]

La médiocrité pas si bête ...

A renfort d’images retravaillées sous Photoshop, d’images de synthèses cheap, Tatsuya Nakashima sauve son film du désastre. Médiocre metteur en scène mais graphiste pas idiot, il donne un ton à Kamikaze Girls qui, par son imagerie, joue intelligemment des contrastes entre fantasme et réalité. Ainsi le film croise non sans subtilité les rêveries au réel, en juxtaposant les unes aux autres, comme s’il enchevêtrait les visions rococo de Momoko à sa petite banlieue banale.[25]

et l'audace réussit...

Pour imposer son style, le réalisateur a su user d'une certaine audace cinématograophique pour un rendu réellement agréable. Couleurs contrastées, image filtrée, cadrage décalé, profondeur et angle de caméra fouillés, animations travaillées, un son et une ambiance idéale, bref un tout cohérent donnant un relief à ce long métrage fort agréable [26]

La réalisation ultra chiadée sert à merveille le scénario et ne vient jamais taper à l’œil au détriment de l’histoire.[27]

Si Kamikaze girls souffre d'un flou scénaristique qui en découragera plus d'un, l'originalité de l'œuvre réside surtout dans la mise en scène : frénétique, inventive, faisant appel à des séquences animés. Une claque visuelle.[28]

Ce film déjanté mais maîtrisé fourmille d'idées visuelles et distille une énergie rare. [29]

Du point de vue des spécialistes de l'évènement cinématographique, la mise en scène semble répondre à une certaine qualité, qui vaut par et pour son originalité décalée et son remède délibéré au manga et aux jeux vidéo. Pour d'autres, le recours exagéré à des effets spéciaux de manière aussi délibéré est le signe d'un manque de maîtrise esthétique impardonnable.

 

 

 

Des références à la mode:

" L’affaire tient à la fois du manga (pour filles) et de l’école Tarentino. " [30]

kamikaze girlskill bill

 

C'est vrai que le réalisateur Tetsuya Nakashima, maîtrise bien l'animation et les films live.[31]. C'est vrai aussi que la bande sonore fut orchestrée par Yoko Kanno, LA compositrice de Ghost in the Shell, Cowboy Bebop ou encore Macross. C'est encore vrai que l'histoire est tirée de SHIMOTSUMA MONOGATARI ("Conte de Shimotsuma"), un roman écrit par Novala Takemoto, l'auteur le plus adulé de la jeunesse nippone. Alors, oui, c'est vrai la référence avec le manga parait être une sorte d'axiome tant tous les symptômes y sont présents. Quant à trouver la présence de Tarantino, il suffit d'avoir vu son film "Kill Bill", où l'enfance d'une des héroïnes est illustrée par le même type de manga, entre violence sanguinaire et dessin caricatural.

 

L'humour façon "cup of tea", pourrait bientôt devenir une nouvelle référence de la réalité décalée et maîtrisée. De façon plus imagée, c'est le petit oiseau qui passe devant l'écran dans un épisode de "Nicky Larson", dont sa seule présence nous souligne le côté "frappé" des réactions des personnages.

"Malgré sa kitscherie revendiquée, réussit parfois à toucher. Ceci grâce à un humour et une virtuosité de petit maître rappelant -de très loin tout de même- les postures de The Taste of tea"[32]

"… au-delà de son aspect sociologique, ce film déjanté mais maîtrisé fourmille d'idées visuelles et distille une énergie rare. Il est à mettre dans la lignée du formidable A taste of tea. Un régal ! "[33]

Kamikaze girlsthe taste of tea

 

 

 

 

 

En guise de conclusion :

Au final, si on tient compte que de la majorité des critiques, Kamikaze Girls reste un film de "surface" qui joue sur les apparences. Apparence d'une esthétique névrotique et d'un scénario culturellement marqué par une tendance identitaire typiquement nippone. Apparence qui plait plus qu'il ne déplait, car le signe d'un éventuel renouveau cinématographique de la diffusion japonaise en France.

En effet, on se sent loin de la "zen attitude" ou de la "samouraï attitude", loin des genres cinématographiques qu'on a l'habitude de soustraire au cinéma japonais. Ici le spectateur se sent "bousculé", par ce condensé de stéréotypes culturellement abstrait et cette dérision humoristique à la japonaise ! C’est pourquoi, au delà des histoires de goûts et des tendances critiques, ce film reste en marge des « réactions » spectatorielles habituelles. kamikaze girls n’est pas seulement l’apanage d’un public cinéphile, mais aussi celui d'une jeunesse de plus en plus « accros » aux japonaiseries de ce siècle. Et  même si le scénario n’en reste pas moins trop décalé pour accéder à un certain puritanisme cinématographique, la qualité du film est quant à elle approuvée par les professionnels.

D'autre part l’enchantement des spectateurs repose encore en partie sur cet effet de découverte et d’ethnologie qu'offre les films japonais. Chaque génération fut appréciée pour cet aspect de documentation anthropologique : Kurosawa, Mizoguchi pour leurs samouraïs et leurs geishas, Ozu pour les scènes d’une famille au marge de l’occidentalisation, Oschima pour sa jeunesse idéologique et contestataire, Kitano pour les dessous violent de la société ...

Le film de Tetsuya Nakashima puise à toutes les sources de la culture populaire et juvénile japonaise, telle qu'elle s'est répandue dans tous les pays industrialisés. On peut s'agacer de ses effets outranciers, de la répétition des effets comiques et des effets prévisibles d'un scénario basé sur la rencontre des contraires - la Lolita en dentelles et la délinquante juvénile. Mais on peut aussi profiter de cette immersion inattendue dans des plaisirs cachés (finalement communs) qui sortent à l'occasion de leur innocente clandestinité.[34]

[1] Ouest France

[2]L.D Cinélive n°102, page 61

[3]S.L Crossroads n°44, page 24

[4]Jean-Philippe Guerand TéléCinéObs

[5]Elle n°3154, page 36

[6]Paris Match n°2978, page 30

[7]Vincent Malausa http://www.chronicart.com/cine/cine_ensalles.php3?id=9997

[8]Gorkita  http://www.fantastikasia.net/review.php3?id_article=1110&id_rubrique=13

[9]Sabine Garcia http://www.cinema-france.com/articles_critiques257_kamikaze-girls.html

[10]Cécile Mury Télérama n° 2944 - 17 Juin 200

[11]Olivier de Bruyn Le Point n°1762, page 108

[12]Jérôme Dittmar http://www.fluctuat.net/3177-Kamikaze-Girls-Tetsuya-Nakashima

[13]Olivier de Bruyn Le point n°1762 p: 108

[14]Steph  http://www.cineasie.com/Kamikaze_Girls.html

[15] Ryosan, http://www.webotaku.com/cinema/article.php?art_id=402, le 31/01/2006 

[16] Une sous culture urbaine omniprésente chez les jeunes dont le but est finalement de s’approprier une personnalité, en général celle d’un personnage de manga ou de groupe de Jpop

[17]lolita, « mignon-rose-sucré-fifille »

[18]"Bikers"

[19]Sébastien Mauge  http://www.avoir-alire.com/article.php3?id_article=8247

[20]20 minutes

[21] Ryosan, le 31/01/2006  http://www.webotaku.com/cinema/article.php?art_id=402

[22] Julien Thomas  http://www.imedias.biz/cinema/focus-kamikaze-girls-7124.php

[23]Jérôme Dittmar http://www.fluctuat.net/3177-Kamikaze-Girls-Tetsuya-Nakashima

[24]Sébastien Mauge  http://www.avoir-alire.com/article.php3?id_article=8247

[25] Jérôme Dittmar http://www.fluctuat.net/3177-Kamikaze-Girls-Tetsuya-Nakashima

[26]Steph  http://www.cineasie.com/Kamikaze_Girls.html

[27] Gorkita  http://www.fantastikasia.net/review.php3?id_article=1110&id_rubrique=13

[28]Julien Thomas  http://www.imedias.biz/cinema/focus-kamikaze-girls-7124.php

[29]T.B. Studio n°224 p: 42

[30]Le Parisien du mercredi 14 juin 2006

[31]Les films dits "live" sont des adaptations sur pellicules de séries animés avec d'authentiques acteurs.

[32]Vincent Malausa http://www.chronicart.com/cine/cine_ensalles.php3?id=9997

[33]T.B. Studio n°224 p: 42

[34]Thomas Sotinel Le Monde  du 14.06.06